Photo > Avedon sans faux semblant

J’ai détesté la vie de photographe d’Annie Leibovitz (Annie Leibovitz : A Photographer’s Life, 1990 – 2005). Je m’apprêtais à jeter le même sort à son compatriote Richard Avedon. Mais là où je pensais trouver des clichés archi travaillés et totalement dénués d’émotions, j’ai découvert des images chargées d’humanité qui transgressent les règles imposées par le genre.
Richard Avedon se découvre hors des frontières du classicisme photographique. Déjà, à ses débuts en tant que photographe de mode, il se joue des conventions et développe un style tout à fait personnel. Il abat les murs du studio pour embarquer ses modèles dans les rues et les bistrots d’un Paris canaille. Fini les poses statiques contre des colonnes doriques en stuc et les lumières artificielles, vive le mouvement et les robes Dior portées par des mannequins accoudés au comptoir. Et quand Avedon s’attaque au portrait, s’est la même logique qui s’empare de lui. Le photographe ne cherche pas à sublimer le personnage qu’il a devant lui. Il cherche l’être humain et s’engouffre dans les fissures qui le caractérisent.
Du coup, on peut se sentir un peu ébranlé. “Elles sont pas belles les dames”, dira même un enfant passant devant les portraits de Carson Mc Cullers et Dorothy Parker. Avedon, n’a effectivement pas pris les deux écrivains américains sous leur meilleur jour. Il a préféré montrer les stigmates d’une vie marquée par la dépression, l’angoisse et l’alcoolisme. Il a fait la même chose pour Marylin. Le résultat est bluffant. Un instant, on oublie la ravissante idiote. On voit la tristesse dans ses yeux. Jamais Marylin n’a été aussi touchante.
Pour arriver à tel résultat, l’artiste américain a un secret : la simplicité. Fond blanc, lumière neutre et mise en scène minimaliste sont les éléments qui caractérisent nombre de ses portraits de stars. C’est la même méthode qu’il utilise dans les années 80 pour son célèbre In the American West. 750 portraits d’hommes et de femmes appartenant à la working class des états de l’ouest. Ouvriers agricoles, serveuses, sans-abri, mineurs tous posent devant son appareil dévoilant le plus profond de leur être. Ces images débordent d’émotions. Il n’y a aucun doute, la photographie d’Avedon a une âme.
Lucile Pescadère
- Richard Avedon. Photographies 1946 – 2004. Jusqu’au 27 septembre au Jeu de Paume Paris.
- Annie Leibovitz, A photographer’s life, 1990 – 2005. Jusqu’au 14 septembre à la Maison européenne de la photographie Paris.
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