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Interview > Patrick Goujon : moments suspendus

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Dans la lignée de son interview dans Last Mag 24, voici quelques passages inédits de notre conversation avec Patrick Goujon, menée à l’occasion de la sortie de « Hier Dernier ». Un roman qui parle du temps qui file, de trajets en voiture, des feuilles des arbres, des proches qui partent et des manettes carrées des vieilles consoles qui font mal aux doigts.

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Quand tu es dans une soirée et qu’on te demande ce que tu fais dans la vie, tu dis quoi pour te présenter ?
A l’époque où j’écrivais mon deuxième bouquin, ça m’arrivait souvent de répondre « gardien de parking ». C’était parfois par embarras, et parfois par amusement… Peut-être bien que je trouvais ça aussi cool qu’écrivain. Aujourd’hui, ça dépend un peu de la soirée et de qui me pose la question.

En 2003, « Moi Non », ton premier roman a obtenu un succès d’estime, a été primé (« prix de la vocation ») mais en plus a été adapté sous une forme théâtrale. Tu avais participé à l’adaptation à l’époque ?
En fait, c’était moins une adaptation qu’un montage d’extraits du roman complété d’un texte inédit. C’était une forme courte qui s’inscrivait dans une thématique autour de la banlieue. Une amie comédienne, et metteur en scène, Suliane Brahim, avait depuis longtemps envie de bosser sur « Moi non ». On avait l’occasion et, aussi, je craignais, à raison, les autres approches, d’autres textes, sur la banlieue. Aujourd’hui, ça nous paraît loin tout ça et nous avons un autre projet de pièce ensemble.

Ca fait quoi de revisiter son propre travail ?
Soumettre son travail à d’autres regards, d’autres voix, dans une initiative aussi indépendante, ça permet de faire des ponts, faire naître d’autres idées, et surtout en retirer des coups de boost.

J’ai lu un livre de Stephen King (« Ecriture ») où il racontait qu’il attaquait toujours l’écriture de textes courts entre deux romans. Est-ce que l’exercice de la nouvelle te tente ?
C’est une question qu’on m’a posée plusieurs fois, récemment, et jamais auparavant. Je me demande si c’est un signe ou si c’est parce que mon dernier livre fait deux fois moins de pages que les précédents. Cela dit, mes romans, dans leur construction, sont composés de fragments. Et l’exercice, oui, m’intéresse. J’y pense.

J’ai l’impression que c’est un peu comme le court-métrage au cinéma, un format qui correspond peu à l’économie actuelle des éditeurs français ?
Ca a pas mal bougé. Olivier Adam, Anna Gavalda, Annie Saumont… Il y a des possibilités d’exister avec ce format, ça dépend aussi d’un tas d’autres critères, comme, par exemple, la date de sortie.

Qu’est-ce qui t’es venu en premier dans « Hier Dernier » ? L’idée de ces retours en arrières basés sur une sorte de mémoire des sensations ? Ou le trajet du narrateur qui récupère une vieille gazinière chez un pote ?
L’écriture de ce livre a été très instinctive. Le point de départ, c’est en effet l’idée du déménagement. Mais ça n’est qu’un prétexte. Ce qui m’intéressait le plus, c’étaient les déménagements intérieurs de ce personnage submergé par les mouvements de sa mémoire. Son incapacité à vivre l’instant présent sans le rattacher au passé.

La structure de « Moi Non » ou de « Carnet d’Absences » était déjà faite de sauts dans le temps, de retours en arrière etc … mais tu étais quand même dans une construction d’intrigue….
Même dans « Carnet d’absences », les trois parties du livre, situées à quatre ans d’écart ne reprenaient pas toujours les mêmes personnages, ne résumaient pas le temps manquant, etc., ce qui pouvait déjà troubler le lecteur. Et j’ai conscience que « Moi non » est d’une facture plus “clinquante”, par son abord assez brutal et son ton plus adolescent. J’avais envie d’aller, sinon plus loin, ailleurs, en conservant toutefois la même énergie. « Hier Dernier » creuse, voire même clôture cette même question du passage à l’âge adulte. Sauf qu’ici le personnage principal est un adulte qui ne réussit pas à passer le cap

Le premier roman citait Oxmo Puccino en exergue, le 2eme Woody Allen. Le troisième roman devait s’ouvrir, paraît-il sur une citation de la série « Six Feet Under ». Pourquoi avoir changé d’avis ?
La phrase qui m’intéressait dans « Six Feet Under », sortie de son contexte, ne résonnait pas aussi bien que j’aurais voulu. Et elle ne concernait qu’un aspect du roman, c’était trop peu selon moi. Enfin, si tu veux savoir, après le rap et le cinéma, ça faisait un peu cliché de mettre une réplique de série en exergue !

Tu as participé à des livres jeunesse à ce que j’ai compris en allant sur ton myspace ? Question bateau : quels sont les écueils & les contraintes de l’exercice ?
C’étaient davantage des recueils pour les ados. Et mes textes, si j’ai veillé à ce qu’ils ne soient pas trop brutaux, ne sont cependant pas écrits à l’adresse d’un public jeunesse. Je n’ai pas eu à me poser trop de questions.. C’est vrai aussi que le lien entre ces nouvelles et mes romans se faisait par le thème, puisque les souvenirs d’enfance y figuraient en effet.

J’ai fait un tour sur ton myspace, il y a l’affiche du film “La 25eme Heure” de Spike Lee. Par curiosité, tu as lu le roman de Benioff ?
J’ai lu le roman de Benioff. Je l’ai aimé même si, pour le coup, j’avais l’impression de revoir le film.

Qu’as-tu pensé de la façon dont David Benioff a lui-même adapté son roman, ce que je trouve, si je peux me permettra, sacrément balaise comme démarche ?
La différence qui m’a le plus marqué, c’est le caractère de Monty, le personnage principal. Dans le bouquin, il m’est apparu plus sûr de lui, plus « cool ». Dans mon souvenir, il y a une scène où il est résumé à travers le regard de Naturelle, sa fiancée : il conduit la voiture et évite un carton sans ciller. Cette scène est absente du film et je l’adore. Mais le film, putain !

Propos recueillis par yacine_

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