nights nights nights nights  
NEWSLETTER :
nights
nights
nights
nights
 

Posts tagged: Glucide

Photo > L’autre Robert Doisneau

doisneau-le-velo-de-tati-1949

Bien souvent réduite à quelques images bon enfant – gnangnan, l’œuvre de Robert Doisneau est en fait bien plus riche qu’elle n’y paraît. La preuve avec la dernière exposition de la fondation Henri Cartier-Bresson.

Ne cherchez pas, vous ne les trouverez pas. Ici, il n’y a ni amoureux se bécotant sur la place de l’Hôtel de ville ni écoliers mignons avec une raie sur le côté. Avec sa nouvelle exposition, la Fondation Henri Cartier-Bresson propose de découvrir un autre Robert Doisneau. Intitulée Du métier à l’œuvre, cette présentation regroupe une centaine de tirages choisis parmi les trésors de l’atelier de l’artiste et diverses collections privées et publiques. Ces images prises entre 1930 et 1966 sortent définitivement Doisneau du casier « photographe qui prend des amoureux et des enfants rigolos dans la rue ». Rassurez-vous, il y a quand même quelques photos avec des gamins battant le pavé parisien (à commencer par ce magnifique cliché baptisé Les glaneurs de Charbon – 1945) mais elles sont loin de constituer le cœur de l’exposition.

Non, ce qui fait la force de l’expo, se sont plutôt les photos prises pendant l’occupation. Marquées par la spontanéité, les images comme Le lancer de tracts (1944) et Alerte dans le métro (1944) apportent un témoignage précieux sur le quotidien des Parisiens pendant les années 1940-1944. Plus politique, Le Cheval tombé (1942) est considéré par Doisneau comme une métaphore de Paris écrasé sous la botte nazie. « Paris sous l’occupation, c’était l’humiliation. Il fallait descendre du trottoir pour laisser passer le superbe officier allemand, montrer sa carte d’identité ou ouvrir sa valise à n’importe quel coin de rue », avait un jour déclaré le photographe.

Les images de la banlieue parisienne constituent l’autre atout de cette exposition. Composé d’une quinzaine de clichés, cet ensemble offre la possibilité d’un voyage dans le temps. Les photos d’un match de foot dominical (Choisy-le-Roi, 1945), d’une soirée cirque en plein air (Gentilly, 1948), d’un bal de 14 juillet (Arcueil, 1945) ou d’une course de cyclocross (Gentilly, 1947) restituent la réalité d’une banlieue qui n’existe plus. Jean-François Chevrier, critique et historien de l’art, évoque d’ailleurs le besoin qu’avait Doisneau de « fixer ce qui était en train de disparaître », de laisser « le souvenir de ce petit monde qu’il aimait tant ». Bien lui en a pris.

Robert Doisneau - Du métier à l’œuvre : jusqu’au 18 avril à la Fondation Henri Cartier-Bresson (2, impasse Louis Lebouis 75014 Paris).

Lucile Pescadère

Photo > Robert Delpire

delp_00b

Tous les artistes ont besoin de passeurs qui, dans l’ombre, se démènent pour faire connaître leur travail et les encourager à créer. Pendant de nombreuses années, cela a été le rôle de Robert Delpire.
Cet éditeur a contribué à faire connaître les plus grands photographes du monde auprès du grand public. Rien qu’à vue de nez, la liste donne le tournis : Robert Frank, Henri Cartier-Bresson, William Klein ou encore Werner Bishof. Pour retracer son impressionnante carrière, la Maison Européenne de la Photo proposait jusqu’à hier une rétrospective de son travail. On pouvait y retrouver des tirages issus de livres publiés dans la collection culte « Photo Poche », ainsi que des reproductions de clichés noir & blanc tirés des « Américains » (Robert Frank, 1958). Côté images en mouvements, l’exposition proposait la vision de plusieurs films, parmi lesquels la comédie satirique « Où êtes-vous Polly Maggoo ? » produit par Delpire et réalisé par William Klein en 1966. Enfin, le documentaire « Robert Delpire, le montreur d’images » réalisé par sa propre femme Sarah Moon constituait une excellente porte d’entrée pour découvrir le personnage. Malgré tous ces bons points, on a quand même l’impression de passer à travers les époques, sans jamais s’arrêter sur une période ou un travail en particulier. Reste l’excellente initiative de rendre hommage à un homme qui a fait énormément pour la photo. Et qui continue, à plus de 83 ans, à diriger le studio de création Idéodis.

Lucile Pescadère

Plus d’infos : http://www.mep-fr.org

Photo > August Sander, portraitiste du XXe siècle

Monomanie, névrose, obsession artistique ? Difficile de savoir de quel mal souffrait August Sander. Ce qui est sûr, c’est que sa persistance, donnez lui le nom que vous voulez, est à l’origine d’une œuvre photographique tout à fait incroyable. Depuis les années 1910 jusqu’aux derniers jours de sa vie en 1964, l’artiste a traqué ses contemporains dans le but de réaliser un inventaire des types humains et classes sociales de son époque. Le résultat de ce travail titanesque s’appelle Hommes du XXe siècle.

august-sander

Une partie des centaines de tirages qui constituent cette somme est exposée jusqu’au 20 décembre à la Fondation Cartier-Bresson. Incroyable par son envergure, le projet l’est aussi par sa modernité. Car s’ils constituent le reflet d’une époque désormais lointaine, les clichés n’ont pas cet aspect statique et poussiéreux souvent attribué aux portraits début de siècle.

Les deux boxeurs, le pâtissier, les invalides de guerre, les révolutionnaires, le peintre, la secrétaire, les étudiants-ouvriers ou le marchand d’allumettes nous inspirent tous des sentiments puissants : on devine l’angoisse, la tristesse, la joie et on sourit beaucoup. Les aspects historiques s’allient avec succès à une forme d’expression artistique (prise de vue frontale, la restitution purement objective du sujet qui a marqué de nombreux photographes de la seconde moitié du XXe siècle.

august-sander-02

August Sander « Voir, observer et penser »
jusqu’au 20 décembre à la Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis 75014 Paris.

Lucile Pescadère

Expo > New York, New York… in Paris.

new-york-2881

Dans le cadre du Festival photo du 10ème arrondissement de Paris qui se déroule du 21 octobre au 28 novembre, vous pourrez découvrir les travaux de nombreux artistes disséminés un peu partout… ou quand la ville lumière oriente ses projecteurs sur la grosse pomme.

On en profite pour vous inviter à passer admirer les tirages de notre talentueuse amie Lucile Pescadère, au Pink Flamingo au 67 rue Bichat (Paris 10e / Métros : Jacques Bonsergent et Colonel Fabien).

Interview : Les mille et une vies de la Petite Fille Moche

Les bonnes idées ont la vie dure. On vous parlait déjà en 2006 du comédien Julien Daillère (si si, rappelez-vous, dans LAST Mag 17) et de son spectacle sur le monde douloureux et acidulé de l’enfance : Les Contes de la Petite Fille moche.
Loin de s’être arrêté en chemin, Julien a fait vivre ses personnages sur un petit paquet de scènes, est passé par le Festival off d’Avignon et continue à animer sa galerie de portraits à travers un site. Est-ce trop pour un seul homme ? Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre d’un acteur doué, actif, et, ma foi, plutôt sympathique.

cpfm-geraldine-2008-211

Read more »

Photo > L’Afrique de Guy Tillim

11

Comme le célèbre reporter Albert Londres qui portait la plume dans la plaie, Guy Tillim pointe l’objectif là où ça fait mal. Figure majeure de la photographie africaine contemporaine, ce natif de Johannesburg (Afrique du sud) s’est lancé dans un face à face sans concession avec ce continent qui l’a vu naître et grandir. “La terre où je suis né m’est devenue étrangère à mesure que je la découvrais. Le désir de photographier est moins lié à la volonté d’en poser le décor que de m’y situer moi-même”, déclare-t-il. Deux de ses séries, Jo’Burg et Avenue Patrice Lumumba, sont présentées à la Fondation Cartier-Bresson jusqu’au 19 avril.

Avec Jo’Burg, réalisé en 2004, Guy Tillim s’est glissé dans le quotidien des habitants des tours insalubres du centre de Johannesburg. A partir de 1991, date qui marque la fin de l’apartheid, la ville a connu une transformation radicale. Cette métamorphose s’est traduite par la détérioration progressive des ensembles d’habitations du centre-ville. Sans tomber dans le piège du misérabilisme, le photographe témoigne de la vie de ces hommes, femmes et enfants qui vivent dans des immeubles  “devenus des microcosmes anarchiques autogérés par les locataires”. Au final, Guy Tillim présente des images d’une grande force et, malgré la dureté du sujet, d’une grande beauté. Les cadrages impeccables donnent tout leur poids à ces photos où l’on découvre un père et son fils qui semblent jouer à cache-cache dans le couloir d’un immeuble proche de la ruine. Il y a encore cette femme un seau à la main qui, pour aller nettoyer son domicile, est obligée de traverser des parties communes plus que crasseuses.

Avenue Patrice Lumumba ne montre pas une facette plus joyeuse de l’Afrique. En 2007, le photographe s’est lancé dans une “errance au fil des avenues de rêves”. Cette promenade sur tous les boulevards portant nom de l’ancien leader indépendantiste congolais des années 50 l’a conduit en République Démocratique du Congo, en Mozambique, au Bénin, au Ghana, à Madagascar et en Angola. A regarder les photos issues de ce voyage d’avenue Patrice Lumumba en avenue Patrice Lumumba, on se dit que les rêves ont été un peu déviés de leur trajectoire. Les Hôtels (Grande Hotel de Beria. Mozambique) laissés à l’abandon sont devenus des squats sordides. Seuls quelques détails (des hommes creusant un trou au milieu d’un parc transformé en friche, du linge séchant sur la rambarde d’une ancienne somptueuse terrasse, un petit vieux assis devant sa porte entre deux fenêtres aux carreaux cassées…) se font témoins d’une présence humaine. Les rues sont désolées et les administrations semblent bloquées dans années 60 (Typing pool, Town Hall, Likasi. RD Congo ; City Hall offices, Lubumbashi, DR Congo). Mais que sont devenus les rêves de Patrice Lumumba ? A défaut d’y répondre, Tillim force la réflexion avec des photos significatives et tournées vers la recherche de la réalité.

Lucile Pescadère

Interview > les jolies chansons d’Elise Belmont

elise-concert-amiens-26-10-07-175

Ce qui est bien avec Elise Belmont, c’est qu’elle a la plume à la fois précise et curieuse. Loin de tout nombrilisme, elle nous raconte la vie d’un épouvantail raté, entremêle tranches de vie et esquisses de dessin, se rêve en muse de Georges Brassens, Alain Souchon et autres illustres chanteurs ou dresse un vibrant hommage à la paresse. Pour ne rien gâcher, son interprétation impeccable donne encore plus de corps aux images qu’elle fait défiler dans nos oreilles. Alors comme on aimait beaucoup son EP « C’est con le bonheur », ses concerts et ses textes, nous sommes allés lui poser quelques questions, aussi bien sur sa musique que sur les vicissitudes d’une carrière de chanteuse.

Read more »

BD > Les fables de Belle Lurette (Lucile Gomez)

lucile

Lucile Gomez, c’est d’abord une découverte internet. Son blog est le genre d’endroit où l’on passe le matin avant de se mettre au boulot. C’est un peu comme le sucre qu’on met dans le café, ça met de bonne humeur. On y découvre les aventures BD de Mademoiselle, une nana sympa, un brin délurée et bourrée de tares, vous savez celles qu’on a l’habitude de prêter aux personnes de sexe féminin. Il y a peu, Lucile Gomez a décidé de coucher le concept sur papier. Ca donne Les fables de Belle Lurette. Jumelle de Mademoiselle, Belle Lurette nous fait passer de tout aussi agréables moments que sa web sister. Dommage, cependant, qu’elle ait pris la manie de parler en rimes : on y perd un peu en spontanéité.

Lucile Pescadère

Photo > Avedon sans faux semblant

avedon

J’ai détesté la vie de photographe d’Annie Leibovitz (Annie Leibovitz : A Photographer’s Life, 1990 – 2005). Je m’apprêtais à jeter le même sort à son compatriote Richard Avedon. Mais là où je pensais trouver des clichés archi travaillés et totalement dénués d’émotions, j’ai découvert des images chargées d’humanité qui transgressent les règles imposées par le genre.

Richard Avedon se découvre hors des frontières du classicisme photographique. Déjà, à ses débuts en tant que photographe de mode, il se joue des conventions et développe un style tout à fait personnel. Il abat les murs du studio pour embarquer ses modèles dans les rues et les bistrots d’un Paris canaille. Fini les poses statiques contre des colonnes doriques en stuc et les lumières artificielles, vive le mouvement et les robes Dior portées par des mannequins accoudés au comptoir. Et quand Avedon s’attaque au portrait, s’est la même logique qui s’empare de lui. Le photographe ne cherche pas à sublimer le personnage qu’il a devant lui. Il cherche l’être humain et s’engouffre dans les fissures qui le caractérisent.

Du coup, on peut se sentir un peu ébranlé. “Elles sont pas belles les dames”, dira même un enfant passant devant les portraits de Carson Mc Cullers et Dorothy Parker. Avedon, n’a effectivement pas pris les deux écrivains américains sous leur meilleur jour. Il a préféré montrer les stigmates d’une vie marquée par la dépression, l’angoisse et l’alcoolisme. Il a fait la même chose pour Marylin. Le résultat est bluffant. Un instant, on oublie la ravissante idiote. On voit la tristesse dans ses yeux. Jamais Marylin n’a été aussi touchante.
Pour arriver à tel résultat, l’artiste américain a un secret : la simplicité. Fond blanc, lumière neutre et mise en scène minimaliste sont les éléments qui caractérisent nombre de ses portraits de stars. C’est la même méthode qu’il utilise dans les années 80 pour son célèbre In the American West. 750 portraits d’hommes et de femmes appartenant à la working class des états de l’ouest. Ouvriers agricoles, serveuses, sans-abri, mineurs tous posent devant son appareil dévoilant le plus profond de leur être. Ces images débordent d’émotions. Il n’y a aucun doute, la photographie d’Avedon a une âme.

Lucile Pescadère

- Richard Avedon. Photographies 1946 – 2004. Jusqu’au 27 septembre au Jeu de Paume Paris.
- Annie Leibovitz, A photographer’s life, 1990 – 2005. Jusqu’au 14 septembre à la Maison européenne de la photographie Paris.

Coup de coeur Ciné : Lake Tahoe

lake-tahoe1

Un film qui part d’un événement banal pour aller à la rencontre de personnages légèrement déglingués et carrément attachants, voici à première vue le propos de Lake Tahoe, second long métrage du mexicain Fernando Eimbcke.
Juan, un ado plutôt réservé, heurte un poteau sur une route déserte à l’entrée d’une ville pas tellement plus vivante. A pied, il rejoint le centre-ville à la recherche d’une personne qui pourrait le dépanner. Très vite, il se rend compte que cela risque d’être long, très long… mais pas sans surprise.

Entre un vieux garagiste bedonnant et désoeuvré qui le prend pour un voleur, un mécanicien kungfuka qui préfère partager avec lui les secrets des moines Shaolin plutôt que de l’aider à réparer sa voiture et une jeune maman plus portée sur le rock’n’roll que sur le pouponnage, la quête de Juan prend des allures proche du rocambolesque. Puis, derrière les allers et venus du héros, se dessine peu à peu le cœur du film : la mort et le travail de deuil. Primé à Sundance, ce drame d’une grande sensibilité parvient à traiter d’un sujet grave sans sombrer dans le pathos et se permet même de basculer tendrement vers le comique.

Lucile Pescadère