
Un film qui part d’un événement banal pour aller à la rencontre de personnages légèrement déglingués et carrément attachants, voici à première vue le propos de Lake Tahoe, second long métrage du mexicain Fernando Eimbcke.
Juan, un ado plutôt réservé, heurte un poteau sur une route déserte à l’entrée d’une ville pas tellement plus vivante. A pied, il rejoint le centre-ville à la recherche d’une personne qui pourrait le dépanner. Très vite, il se rend compte que cela risque d’être long, très long… mais pas sans surprise.
Entre un vieux garagiste bedonnant et désoeuvré qui le prend pour un voleur, un mécanicien kungfuka qui préfère partager avec lui les secrets des moines Shaolin plutôt que de l’aider à réparer sa voiture et une jeune maman plus portée sur le rock’n’roll que sur le pouponnage, la quête de Juan prend des allures proche du rocambolesque. Puis, derrière les allers et venus du héros, se dessine peu à peu le cœur du film : la mort et le travail de deuil. Primé à Sundance, ce drame d’une grande sensibilité parvient à traiter d’un sujet grave sans sombrer dans le pathos et se permet même de basculer tendrement vers le comique.
Lucile Pescadère

A votre avis, quel point commun relie Barcelone à l’Ile de Ré, la côte ouest de l’Irlande au Port d’Anvers, Séoul à Alexandrie ?
Réponse selon Harry Gruyaert : leurs rivages. Depuis des années voire des dizaines d’années, le Belge de chez Magnum parcourt le monde pour ses projets photographiques et reportages. Jamais il ne l’a prémédité, mais c’est comme ça, à chaque fois ou presque, des images de bords de mer (et de fleuve aussi) figurent sur les négatifs.
Il a immortalisé un si grand nombre de ces paysages particuliers, ni vraiment terrestres ni vraiment aquatiques, qu’il a décidé de les réunir dans une exposition. Présenté au Bon Marché le mois dernier, cet ensemble de clichés est une véritable réjouissance. D’abord, parce que ces tirages sont tous sacrément réussis. Et puis, et c’est assez rare pour le signaler, il y a comme une droite, la ligne d’horizon en fait, qui relie les photos les unes aux autres, et présente toutes ces côtes comme des morceaux de poésie empruntés à la réalité.
Derrière ce travail pointe aussi une forte dimension morale. Si l’on regarde ces images de plus près, ce ne sont plus seulement des rivages que l’on découvre mais surtout les ravages environnementaux provoqués par la présence humaine et à ce sujet, les photos de Séoul sont édifiantes. Mais ce n’est peut-être qu’une interprétation de mon cerveau écologiquement dérangé.
Je m’arrête là. Vous pourrez découvrir vous-même ces photographies en vous procurant Rivages (Éditions Textuel).
Lucile Pescadère