
Jeudi 3 juin. Nous sommes conviés à la projection de Stones in exile, documentaire de Stéphane Kijak sur l’exil français de la bande à Jagger au tournant des seventies (yeah baby). En 1971, acculés par le fisc britannique, ils s’étaient installés à Villefranche-sur-Mer dans la luxueuse villa Nellcôte pour y enregistrer le célèbre Exile on Main Street. Le film retrace cette époque de la vie des Stones et de toute leur armée de parasites attitrés. Rock’n’roll.
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Bien souvent réduite à quelques images bon enfant – gnangnan, l’œuvre de Robert Doisneau est en fait bien plus riche qu’elle n’y paraît. La preuve avec la dernière exposition de la fondation Henri Cartier-Bresson.
Ne cherchez pas, vous ne les trouverez pas. Ici, il n’y a ni amoureux se bécotant sur la place de l’Hôtel de ville ni écoliers mignons avec une raie sur le côté. Avec sa nouvelle exposition, la Fondation Henri Cartier-Bresson propose de découvrir un autre Robert Doisneau. Intitulée Du métier à l’œuvre, cette présentation regroupe une centaine de tirages choisis parmi les trésors de l’atelier de l’artiste et diverses collections privées et publiques. Ces images prises entre 1930 et 1966 sortent définitivement Doisneau du casier « photographe qui prend des amoureux et des enfants rigolos dans la rue ». Rassurez-vous, il y a quand même quelques photos avec des gamins battant le pavé parisien (à commencer par ce magnifique cliché baptisé Les glaneurs de Charbon – 1945) mais elles sont loin de constituer le cœur de l’exposition.
Non, ce qui fait la force de l’expo, se sont plutôt les photos prises pendant l’occupation. Marquées par la spontanéité, les images comme Le lancer de tracts (1944) et Alerte dans le métro (1944) apportent un témoignage précieux sur le quotidien des Parisiens pendant les années 1940-1944. Plus politique, Le Cheval tombé (1942) est considéré par Doisneau comme une métaphore de Paris écrasé sous la botte nazie. « Paris sous l’occupation, c’était l’humiliation. Il fallait descendre du trottoir pour laisser passer le superbe officier allemand, montrer sa carte d’identité ou ouvrir sa valise à n’importe quel coin de rue », avait un jour déclaré le photographe.
Les images de la banlieue parisienne constituent l’autre atout de cette exposition. Composé d’une quinzaine de clichés, cet ensemble offre la possibilité d’un voyage dans le temps. Les photos d’un match de foot dominical (Choisy-le-Roi, 1945), d’une soirée cirque en plein air (Gentilly, 1948), d’un bal de 14 juillet (Arcueil, 1945) ou d’une course de cyclocross (Gentilly, 1947) restituent la réalité d’une banlieue qui n’existe plus. Jean-François Chevrier, critique et historien de l’art, évoque d’ailleurs le besoin qu’avait Doisneau de « fixer ce qui était en train de disparaître », de laisser « le souvenir de ce petit monde qu’il aimait tant ». Bien lui en a pris.
Robert Doisneau - Du métier à l’œuvre : jusqu’au 18 avril à la Fondation Henri Cartier-Bresson (2, impasse Louis Lebouis 75014 Paris).
Lucile Pescadère
L’Atlas ne fait pas que du graffiti ou des toiles, il fait aussi de la photo.
Un concept moins connu mais qui est déjà très approfondi.
Depuis quelques années il emporte toujours 7 toiles dites “errantes” dans ses valises, ce sont toujours les mêmes qui ont parcouru le monde entier.
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Photo/Graff- Photos of Subway Art 70’s - 80′ @ Galerie Bailly (Paris)
Martha Cooper - Blade - Henry Chalfant
Du 15 janvier au 12 février 2010, vernissage le 14 janvier à 18h.
Cette exposition organisée par la galerie Bailly contemporain associée à Taxie Gallery présente pour la première fois lors d’un même évènement les photographies de Martha Cooper et Henry Chalfant ainsi que des images tirées des archives de Blade, un des pionniers du graffiti américain. Une exposition à ne rater sous aucun prétexte !
Galerie Bailly contemporain : 25, Quai Voltaire - Paris 7e
Pour l’occasion Graffiti Art magazine a un édité un très beau catalogue. Il est proposé avec trois couvertures différentes, une par artiste. Chaque version est limitée à 100 exemplaires numérotés. Réservez vite le vôtre dès maintenant en cliquant ici.
Les 100 premiers recevront leur(s) catalogue(s) signé(s) !

Monomanie, névrose, obsession artistique ? Difficile de savoir de quel mal souffrait August Sander. Ce qui est sûr, c’est que sa persistance, donnez lui le nom que vous voulez, est à l’origine d’une œuvre photographique tout à fait incroyable. Depuis les années 1910 jusqu’aux derniers jours de sa vie en 1964, l’artiste a traqué ses contemporains dans le but de réaliser un inventaire des types humains et classes sociales de son époque. Le résultat de ce travail titanesque s’appelle Hommes du XXe siècle.

Une partie des centaines de tirages qui constituent cette somme est exposée jusqu’au 20 décembre à la Fondation Cartier-Bresson. Incroyable par son envergure, le projet l’est aussi par sa modernité. Car s’ils constituent le reflet d’une époque désormais lointaine, les clichés n’ont pas cet aspect statique et poussiéreux souvent attribué aux portraits début de siècle.
Les deux boxeurs, le pâtissier, les invalides de guerre, les révolutionnaires, le peintre, la secrétaire, les étudiants-ouvriers ou le marchand d’allumettes nous inspirent tous des sentiments puissants : on devine l’angoisse, la tristesse, la joie et on sourit beaucoup. Les aspects historiques s’allient avec succès à une forme d’expression artistique (prise de vue frontale, la restitution purement objective du sujet qui a marqué de nombreux photographes de la seconde moitié du XXe siècle.

August Sander « Voir, observer et penser »
jusqu’au 20 décembre à la Fondation Henri Cartier-Bresson, 2 impasse Lebouis 75014 Paris.
Lucile Pescadère

Comme le célèbre reporter Albert Londres qui portait la plume dans la plaie, Guy Tillim pointe l’objectif là où ça fait mal. Figure majeure de la photographie africaine contemporaine, ce natif de Johannesburg (Afrique du sud) s’est lancé dans un face à face sans concession avec ce continent qui l’a vu naître et grandir. “La terre où je suis né m’est devenue étrangère à mesure que je la découvrais. Le désir de photographier est moins lié à la volonté d’en poser le décor que de m’y situer moi-même”, déclare-t-il. Deux de ses séries, Jo’Burg et Avenue Patrice Lumumba, sont présentées à la Fondation Cartier-Bresson jusqu’au 19 avril.
Avec Jo’Burg, réalisé en 2004, Guy Tillim s’est glissé dans le quotidien des habitants des tours insalubres du centre de Johannesburg. A partir de 1991, date qui marque la fin de l’apartheid, la ville a connu une transformation radicale. Cette métamorphose s’est traduite par la détérioration progressive des ensembles d’habitations du centre-ville. Sans tomber dans le piège du misérabilisme, le photographe témoigne de la vie de ces hommes, femmes et enfants qui vivent dans des immeubles “devenus des microcosmes anarchiques autogérés par les locataires”. Au final, Guy Tillim présente des images d’une grande force et, malgré la dureté du sujet, d’une grande beauté. Les cadrages impeccables donnent tout leur poids à ces photos où l’on découvre un père et son fils qui semblent jouer à cache-cache dans le couloir d’un immeuble proche de la ruine. Il y a encore cette femme un seau à la main qui, pour aller nettoyer son domicile, est obligée de traverser des parties communes plus que crasseuses.
Avenue Patrice Lumumba ne montre pas une facette plus joyeuse de l’Afrique. En 2007, le photographe s’est lancé dans une “errance au fil des avenues de rêves”. Cette promenade sur tous les boulevards portant nom de l’ancien leader indépendantiste congolais des années 50 l’a conduit en République Démocratique du Congo, en Mozambique, au Bénin, au Ghana, à Madagascar et en Angola. A regarder les photos issues de ce voyage d’avenue Patrice Lumumba en avenue Patrice Lumumba, on se dit que les rêves ont été un peu déviés de leur trajectoire. Les Hôtels (Grande Hotel de Beria. Mozambique) laissés à l’abandon sont devenus des squats sordides. Seuls quelques détails (des hommes creusant un trou au milieu d’un parc transformé en friche, du linge séchant sur la rambarde d’une ancienne somptueuse terrasse, un petit vieux assis devant sa porte entre deux fenêtres aux carreaux cassées…) se font témoins d’une présence humaine. Les rues sont désolées et les administrations semblent bloquées dans années 60 (Typing pool, Town Hall, Likasi. RD Congo ; City Hall offices, Lubumbashi, DR Congo). Mais que sont devenus les rêves de Patrice Lumumba ? A défaut d’y répondre, Tillim force la réflexion avec des photos significatives et tournées vers la recherche de la réalité.
Lucile Pescadère
C’est tout simplement trés impressionnant, le lien ci-dessous vous redirige vers une photo prise lors de l’investiture de Barack Obama.
Pointez avec la petite main, zoomez à volonté (double clic ou boutons + et -), chacun se fera sa petite idée sur les bienfaits de la chose ou sur les nombreuses dérives que ce type de photo peut engendrer.
Be careful big brother is still watching !
Pour voir la photo cliquez ici

J’ai détesté la vie de photographe d’Annie Leibovitz (Annie Leibovitz : A Photographer’s Life, 1990 – 2005). Je m’apprêtais à jeter le même sort à son compatriote Richard Avedon. Mais là où je pensais trouver des clichés archi travaillés et totalement dénués d’émotions, j’ai découvert des images chargées d’humanité qui transgressent les règles imposées par le genre.
Richard Avedon se découvre hors des frontières du classicisme photographique. Déjà, à ses débuts en tant que photographe de mode, il se joue des conventions et développe un style tout à fait personnel. Il abat les murs du studio pour embarquer ses modèles dans les rues et les bistrots d’un Paris canaille. Fini les poses statiques contre des colonnes doriques en stuc et les lumières artificielles, vive le mouvement et les robes Dior portées par des mannequins accoudés au comptoir. Et quand Avedon s’attaque au portrait, s’est la même logique qui s’empare de lui. Le photographe ne cherche pas à sublimer le personnage qu’il a devant lui. Il cherche l’être humain et s’engouffre dans les fissures qui le caractérisent.
Du coup, on peut se sentir un peu ébranlé. “Elles sont pas belles les dames”, dira même un enfant passant devant les portraits de Carson Mc Cullers et Dorothy Parker. Avedon, n’a effectivement pas pris les deux écrivains américains sous leur meilleur jour. Il a préféré montrer les stigmates d’une vie marquée par la dépression, l’angoisse et l’alcoolisme. Il a fait la même chose pour Marylin. Le résultat est bluffant. Un instant, on oublie la ravissante idiote. On voit la tristesse dans ses yeux. Jamais Marylin n’a été aussi touchante.
Pour arriver à tel résultat, l’artiste américain a un secret : la simplicité. Fond blanc, lumière neutre et mise en scène minimaliste sont les éléments qui caractérisent nombre de ses portraits de stars. C’est la même méthode qu’il utilise dans les années 80 pour son célèbre In the American West. 750 portraits d’hommes et de femmes appartenant à la working class des états de l’ouest. Ouvriers agricoles, serveuses, sans-abri, mineurs tous posent devant son appareil dévoilant le plus profond de leur être. Ces images débordent d’émotions. Il n’y a aucun doute, la photographie d’Avedon a une âme.
Lucile Pescadère
- Richard Avedon. Photographies 1946 – 2004. Jusqu’au 27 septembre au Jeu de Paume Paris.
- Annie Leibovitz, A photographer’s life, 1990 – 2005. Jusqu’au 14 septembre à la Maison européenne de la photographie Paris.

A votre avis, quel point commun relie Barcelone à l’Ile de Ré, la côte ouest de l’Irlande au Port d’Anvers, Séoul à Alexandrie ?
Réponse selon Harry Gruyaert : leurs rivages. Depuis des années voire des dizaines d’années, le Belge de chez Magnum parcourt le monde pour ses projets photographiques et reportages. Jamais il ne l’a prémédité, mais c’est comme ça, à chaque fois ou presque, des images de bords de mer (et de fleuve aussi) figurent sur les négatifs.
Il a immortalisé un si grand nombre de ces paysages particuliers, ni vraiment terrestres ni vraiment aquatiques, qu’il a décidé de les réunir dans une exposition. Présenté au Bon Marché le mois dernier, cet ensemble de clichés est une véritable réjouissance. D’abord, parce que ces tirages sont tous sacrément réussis. Et puis, et c’est assez rare pour le signaler, il y a comme une droite, la ligne d’horizon en fait, qui relie les photos les unes aux autres, et présente toutes ces côtes comme des morceaux de poésie empruntés à la réalité.
Derrière ce travail pointe aussi une forte dimension morale. Si l’on regarde ces images de plus près, ce ne sont plus seulement des rivages que l’on découvre mais surtout les ravages environnementaux provoqués par la présence humaine et à ce sujet, les photos de Séoul sont édifiantes. Mais ce n’est peut-être qu’une interprétation de mon cerveau écologiquement dérangé.
Je m’arrête là. Vous pourrez découvrir vous-même ces photographies en vous procurant Rivages (Éditions Textuel).
Lucile Pescadère