Pinguins Records - Ce n’est qu’un au revoir

L’une des premières obsessions pour tout jeune étudiant investissant une cage à lapin avec ses Mk2, dans une grande ville, c’est de trouver au plus vite le meilleur dealeur local. En 2000, j’étais dans cette config. Et toutes les personnes en mesure de me renseigner m’ont envoyé me faire plaisir chez les Pinguins.
Disquaire incontournable, éternels activistes, amoureux de musiques électroniques, de musique tout court… La première fois que j’ai mis un pied dans le shop et fait face aux deux gérants, j’ai ressenti une sorte de pression ; pas aussi forte que celle d’un archéologue pénétrant dans un temple perdu… mais presque. Profil bas, pas assez de background pour entamer une discussion avec des mecs qui organisaient des Boréalis (1993 pour la première édition) alors que je me dépêtrais des années collège.

Puis les années passent. Ces deux mecs qui me rendaient fébrile bossent avec Lolita et MLK, pousseurs de galettes et amis d’amis devenant nos amis. Un beau jour, ces deux mecs deviennent Willy et Steph et je leur raconte la première impression que j’ai eu en foulant le sol de Pinguins Records. On rigole. Peu de temps après, on organise des concerts au Rockstore voisin, on bosse ensemble, on rit toujours, on boit des bières sur le comptoir de la boutique et on parle de tout, notamment de cette industrie moribonde, celle du disque. Préoccupant.
Un client entre, il demande s’il peut trouver des vinyles de contrôle Serato dans le shop. Soupir.
Peut-être auraient-ils du se mettre à vendre du matériel Serato, ainsi que des compils de l’été, pourquoi pas l’intégrale de Bob Sinclar et des tees F*** me I’m famous… Au lieu de croire et de pousser ce vieil animal blessé qu’est le 33 tours, au lieu de distribuer des sons de labels indés, au lieu de s’entêter à organiser des concerts un minimum pointus et abordables. Mais ils ne l’ont pas fait. La garde meurt mais ne se rend pas.

Début Septembre 2010, nous allons tous dire adieu à une époque, une philosophie et une histoire dont les pages ne s’écrivent plus vraiment avec une plume mais sur un clavier. Le pourquoi de leur disparition ? Certainement un dernier mix, entre évolutions du numérique et emmerdes récurrentes (la réalité de l’entreprise en France). Quand la grille se fermera pour la dernière fois sur la vitrine du shop, j’aurai un pincement au coeur, des envies de cisailler cette réalité avec une pince monseigneur, et un peu peur. Même les Pinguins n’auront pas résisté à l’ère glaciaire de la musique dématérialisée ; il y a de quoi avoir froid dans le dos.
Sur ce constat, nous ne pouvons que leur souhaiter une belle route, la fin d’une histoire est toujours le début d’une autre et nous savons que malgré ce dernier cri, ils sont loin d’avoir poussé leur dernier skeud.




















